mardi 3 mai 2011

Salaire et pouvoir d'achat : le bal des Tartuffes


Alors que plus de sept Français sur dix estiment qu'il faut augmenter les salaires, la manière dont cette préoccupation sociale est prise en compte est totalement inadaptée et pour tout dire pathétique. Ainsi, on a vu Henri Guaino affirmer la semaine dernière contre toute évidence que Nicolas Sarkozy était « le président du pouvoir d'achat », au vu des actions entreprises par lui en quatre années marquées par des crises sans précédent depuis des décennies. En fait, l'écriture du bilan de cinq années désastreuses du point de vue social est en train de s'écrire sur le mode « grâce à Lui, on a échappé au pire ». Moralité, si vous n'êtes pas plus pauvres aujourd'hui, c'est grâce à son action. Mais si les riches sont toujours plus riches, si les écarts de revenus se creusent, si les actionnaires sont toujours servis les premiers, c'est aussi à l'action du gouvernement qu'on le doit.

La posture volontariste et démagogique du président de la République sur cette question a presque fait oublier qu'une large part de la responsabilité de la faiblesse des augmentations de salaires échoit au patronat. Il ne faut pas se tromper, le désaccord des organisations syndicales que Nicolas Sarkozy englobe dans les « murs du conservatisme et de l'immobilisme » n'a rien à voir avec le refus obstiné du Medef et de sa patronne d'ouvrir le débat sur le partage de la richesse. Au sujet de la fameuse prime, Laurence Parisot s'est écriée la semaine dernière : « C'est une idée tout à fait néfaste (...). C'est une mesure ruineuse. En obligeant et en fixant des chiffres (...), en imposant un seuil, ça peut être la ruine des entreprises ». Et la patronne du Medef d'annoncer : « Nous allons convaincre le gouvernement, l'opinion publique que l'approche proposée aujourd'hui n'est pas bonne ». Selon elle, l'amélioration du partage des richesses passe par le dialogue social dans l'entreprise et « deux outils formidables : la participation et l'intéressement ». Formidables ces trois leviers ? Quid du dialogue social dans des branches qui refusent toujours de négocier. Quid encore dans ces dizaines d'entreprises grandes ou petites où la grève s'est imposée comme l'ultime moyen d'obtenir l'ouverture de discussions et comme moyen de déplacer les curseurs des augmentations ? Quant à l'intéressement et la participation, largement développés à coups d'aides et d'incitations fiscales et sociales, ils ne répondent pas au besoin des salariés de voir leur salaire net augmenter pour faire face à la flambée des prix et à l'augmentation des dépenses contraintes.

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