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vendredi 20 avril 2012

La caste médiatique n’aime pas les intrus

Samedi 14 Avril 2012 à 12:00

Jack Dion
Directeur adjoint de la rédaction de Marianne et grand amateur de théâtre 

Nathalie Arthaud épinglée d'étrange façon par Nathalie Saint-Criq sur France 2, Jean-Luc Mélenchon crucifié par le Nouvel Observateur... Jack Dion pourfend des médiacrates prompts à ruer dans les brancards contre ceux qui ne respectent pas leurs codes.


THOMAS SAMSON/AFP-PO/SIPA
THOMAS SAMSON/AFP-PO/SIPA
C’était jeudi soir, lors de l’émission « Des paroles et des actes », sur France 2, lors de l’intervention de Nathalie Arthaud. Cette dernière, par ailleurs professeur d’économie, développait les thèmes habituels de « Lutte Ouvrière », passablement caricaturaux il est vrai, devant les yeux ébahis de quatre journalistes guère habitués à ce que l’on entende quelqu’un proposer de traiter un patron voyou comme le serait n’importe quel autre voyou.

Soudain, sur un ton patelin, Nathalie Saint-Criq, de France 2, demanda à la candidate de Lutte Ouvrière si elle enseignait l’économie à ses élèves en développant de telles thèses. Nathalie Arthaud, qui n’est pas plus ébranlable que ne l’était Arlette Laguillier, en est restée quelques secondes interloquée.
Quoi que l’on pense de « Lutte Ouvrière » et de sa candidate, l’interrogation est pour le moins saugrenue. En somme, pour Nathalie Saint-Criq et ses trois compères de la soirée, qui n’ont pas moufté sur le sujet, il est inconcevable que la Nathalie Arthaud candidate cède la place à la Nathalie Arthaud enseignante, et que cette dernière puisse exercer sa mission comme n’importe quel autre professeur.

Ses cours d’économie sont forcément des appels voilés à l’insurrection en vue de l’instauration de la dictature du prolétariat. A la limite, on se demande même s’il est acceptable de confier un poste d’enseignante à une femme de cette engeance et si elle ne devrait pas être rayée d’office des rangs de l’éducation nationale. 

Un tel procès d’intention fonctionne évidemment à sens unique. Jamais on ne posera une question semblable à un quelconque professeur adepte des thèses néolibérales ou ultralibérales ou à un  membre de la caste des éditocrates cumulards. Eux,  par définition, savent ne pas mélanger leurs engagements de citoyens et leur profession de journalistes. Jamais on ne demandera à l’un des « experts » de la pensée unique entourant Nicolas Sarkozy ou François Hollande (ils sont parfois  interchangeables) et qui envahissent les plateaux télé, s’ils peuvent prétendre à l’objectivité alors qu’ils développent les dogmes en vigueur au Medef et qu’ils sont parfois largement rétribués par des groupes privés où ils ont des fonctions diverses et variées. Jamais on ne demandera à François Langlet s’il trouve normal d’officier sur le service public tout en reprenant les obsessions ultralibérales qui lui permettent de doubler allègrement Jean-Marc Sylvestre ou Dominique Seux sur la droite. 

C’est ainsi : les membres de la caste médiatico-idéologique qui (dé)font l’opinion ont toujours du mal avec ceux qui ne respectent pas les codes de leur Eglise. Ils leur prêtent forcément des intentions masquées, des arrières-pensées inavouées, et des présupposés diaboliques transformant toute esquisse  de débat en procès ad hominem. 
D’un certain point de vue, c’est le sorte que réserve cette semaine « Le Nouvel Observateur » à Jean-Luc Mélenchon,  passé à la moulinette idéologique comme s’il était l’équivalent d’un agent du KGB à l’époque de la guerre froide. L’hebdomadaire étant à la social-démocratie ce que la Pravda était à l’URSS, il faut croire que la gauche bon chic bon genre commence à avoir des chatouillements dans le cortex.      
Dans son éditorial, Laurent Joffrin fait cet aveu incongru : « A l’Obs, on aime bien Jean-Luc Mélenchon ». La preuve, c’est que « L’Obs » châtie bien. 
Mélenchon vu par « Le Nouvel Obs », c’est qui ? En gros: un allié de Sarkozy, un descendant des coupeurs de tête de 1793, un suppôt de Castro et un agent de la Chine, bref un personnage infréquentable passible du Tribunal Pénal International. 
D’après « L’Obs », Mélenchon a « une sourde fascination » pour l’actuel président, et la social-démocratie est son « ennemi principal ». Et d’expliquer que le candidat du Front de Gauche a fréquenté Patrick Buisson, le conseiller de l’Elysée quand ils participaient ensemble à l’émission « Politiquement Show », sur LCI, avant 2007, époque à laquelle Mélenchon était encore membre du PS. Ce dernier était donc un ennemi de la social-démocratie de l’intérieur, comme quoi avec les anciens trotskystes, il faut toujours se méfier.
Dans ce même numéro, le candidat du Front de Gauche est également accusé de sympathie castriste et chavézienne par Cohn-Bendit, lequel n’oublie pas d’en faire également un espion idéologique de la Chine. Quant à l’ineffable Michel Onfray, philosophe libertaro-médiatique ayant déjà réglé son compte à Sartre, il  publie un « réquisitoire » (c’est « L’Obs » qui le précise) de deux pages où l’on apprend qu’outre Chavez et Castro, Mélenchon est un admirateur de Robespierre et de Saint-Just, ce qui ne se pardonne pas. A croire que s’il s’était pâmé pour Marie-Antoinette, il serait respectable. 

De plus, Mélenchon est toujours fasciné par Mitterrand. Il y aurait certes beaucoup à dire sur le sujet, mais aux yeux de Michel Onfray, c’est le crime suprême. En vertu de quoi ce dernier annonce qu’il glissera un vote blanc dans l’urne au premier comme au deuxième tour. Faire sonner la charge contre un Mélenchon accusé de crime anti social-démocrate par un penseur qui ne votera même pas Hollande au second tour, c’est le témoignage évident d’une rare perspicacité.

Le site : Marianne.fr

vendredi 16 mars 2012

La Dette expliquée par Gérard Filoche (1/4)


CONSEIL EUROPÉEN : L'UE FAIT FAUSSE ROUTE, ESTIMENT LES SYNDICATS EUROPÉENS

 
La Confédération européenne des syndicats (CES) déplore l'adoption du « Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l'Union économique et monétaire » lors du Conseil européen de printemps. « Les conclusions du Conseil insistent sur le besoin de croissance pour créer de l'emploi ; c'est une bonne chose, mais les moyens et politiques mis au service de cet objectif ne font malheureusement pas l'objet d'engagements précis », a affirmé la secrétaire générale de la CES, Bernadette Ségol. 

Le syndicat européen estime en effet que ce traité - qui vise à instaurer des conditions favorables à la poursuite des interventions de la BCE et à une plus grande solidarité financière allemande - imposera davantage d'austérité budgétaire en Europe et empêchera la relance de l'emploi. Il déplore en outre que la croissance et l'emploi ne fassent pas l'objet d'engagements chiffrés au même titre que la rigueur budgétaire. « En adoptant ce traité, le sommet européen adopte la mauvaise stratégie. Au lieu de s'orienter vers un plan de relance pour l'emploi et vers des mécanismes de solidarité financière, l'Union européenne décide de poursuivre le chemin de l'austérité permanente et automatique. C'est une stratégie perdante car cette décision grève toute possibilité de reprise économique et augmentera l'anxiété sociale », a conclu Bernadette Ségol, après la réunion des chefs d'État et de gouvernements le 2 mars.

Quelques jours plus tôt, les syndicats européens avaient défilé dans les rues de Bruxelles pour dénoncer l'austérité. Sous le slogan « Trop, c'est trop ! Des alternatives à l'austérité existent », ils appelaient entre autres à un renforcement du rôle de la Banque centrale européenne, à une mutualisation de la dette et à une taxe sur les transactions financières.

Par Sophie Petitjean

lundi 30 janvier 2012

Edito: "L'injustice sociale et fiscale, fil conducteur du quinquennat de Nicolas Sarkozy"

L'Humanité analyse dans son édition de ce lundi 30 janvier l'intervention de Nicolas Sarkozy. Découvrez l'édito de JeanPaul Piérot:

Une impression d’affolement et de désordre se dégage des propos de Nicolas Sarkozy dès les premières phrases de son entretien télévisé. Logement, emploi des jeunes apprentissage, création d’une banque de l’industrie... Par un coup de baguette magique, ou un tour de bonneteau, tout sera réglé dès le mois de février... 

Le chef de l’État en froid avec l’opinion publique a donné le sentiment d’annoncer qu’il réglera dans l’urgence des problèmes que sa politique a aggravés depuis cinq ans. Mais le coeur du propos confirme que l'injustice sociale et fiscale aura donc bien été le fil conducteur, le marqueur de son quinquennat.

Nul ne peut reprocher au président candidat non encore déclaré un manque de suite dans les idées. Ses premières décisions, en 2007, se chiffraient à 15 milliards d’euros de cadeaux en tous genres au monde de la finance et à l’oligarchie de la fortune. Droits de succession, ISF, toutes les modestes contributions au fonctionnement de la société que la République se doit de réclamer aux plus nantis étaient outrageusement allégées. La défiscalisation des heures supplémentaires, le bouclier fiscal, rien n’était assez beau pour le grand patronat, en loyal fondé de pouvoir duquel l’hôte de l’Élysée s’est constamment comporté.

Généraliser la pratique du chantage patronal

Quand approche l’heure de rendre des comptes aux électeurs, qui pourraient bien délivrer un jugement très sévère, Nicolas Sarkozy persiste: il veut alléger les cotisations patronales et faire compenser le manque à gagner dans les caisses de l’État par une hausse de 1,6 point de la TVA, qui passera ainsi de 19,6 % à 21,2 %. En clair, il s’agit d’un renchérissement du coût de la vie. Injustice toujours: la TVA pèse proportionnellement plus lourd sur les petits revenus que sur les gros. Au nom de l’exigence de « compétitivité », Nicolas Sarkozy veut généraliser la pratique du chantage patronal, qui vise à faire renoncer les travailleurs à la durée légale du travail de 35 heures ou à accepter des baisses de salaires en brandissant la menace de plans de licenciements ou de délocalisations. Du slogan « travailler plus pour gagner plus », qui lui valut quelques succès en 2007, on est passé à un projet « travailler plus et gagner moins ». Les salariés de Continental à Clairoix (Oise) ont douloureusement appris ce que valaient pareils marchés de dupes.

La posture d’un chef d’État «protecteur»

Tout semble se passer comme si le chef de l’État, largement décrédibilisé dans l’opinion, voulait achever d’ici à l’élection présidentielle l’œuvre de démolition du modèle social, accélérer la déréglementation du travail. Il cherche à adopter la posture d’un chef d’État « protecteur », qui n’hésite pas à prendre des mesures impopulaires mais nécessaires pour limiter les dégâts de la crise. Un mauvais numéro de prestidigitateur qui ne parvient pas à égarer l’opinion publique : les difficultés financières sont pour une large part la conséquence des cadeaux faramineux consentis aux milliardaires, aux grandes sociétés qui ont manqué aux finances publiques.

Six chaines de télévision pour lui tout seul

Alors, pour marteler son message, il occupe tout l’espace télévisuel, ou presque. Dans quel autre pays un président peut-il s’exprimer simultanément sur neuf chaînes de télévision? Au Turkménistan? En Corée du Nord ? À supposer qu’ils disposent d’autant de canaux... Plus sérieusement, la seule et aléatoire issue de secours pour éviter d’être froidement congédié en mai par les Français serait de parvenir à semer le doute sur la possibilité de s’affranchir de la dictature des marchés financiers. Et ainsi, de la Grèce à l’Irlande, il n’y aurait d’autre voie que l’austérité et la renonciation sociale. C’est le sens ô combien inquiétant de l’engagement annoncé de la droite allemande et de la chancelière Angela Merkel aux côtés du candidat Sarkozy. La Sainte-Alliance de la régression a peur. Elle redoute la sanction du peuple français. «Sarkozy est le président qu’il nous faut», affirme la CDU, mais les intérêts des conservateurs allemands ne sont pas forcément ceux du monde du travail en France.

mardi 15 novembre 2011

Lutte contre la "fraude sociale" : "Les salariés sont les victimes du trou de la Sécu, pas les responsables"


"Voler la Sécurité sociale, c'est trahir la confiance de tous les Français" déclarait mardi matin à Bordeaux le président de la République en vantant les mérites de l'obligation de travail pour les bénéficiaires du Revenu de solidarité active (RSA), bientôt expérimentée dans dix départements, et en annonçant la mise en relation de certains fichiers pour lutter contre la fraude à la sécurité sociale. Quelques heures plus tard, le gouvernement annonçait l'instauration d'une journée de carence pour les fonctionnaires en arrêt maladie, et d'un quatrième jour de carence pour les salariés du privé.

Cette série de déclarations ont déclenché l'indignation de toute la gauche. "Avec M. Sarkozy, c'est travailler plus pour se soigner moins", a résumé le député PS de Paris Jean-Marie Le Guen en détournant le slogan de campagne du chef de l'Etat élu en 2007. "La fraude sociale tout compris, c'est 1/1000e des dépenses sociales de notre pays", a déclaré le socialiste, spécialiste des questions de santé, dans les couloirs de l'Assemblée. "Pourquoi la santé est-elle mise à l'encan, les victimes et les coupables sont toujours les malades ? C'est une drôle de pensée sociale et politique."

"TOUS POTENTIELLEMENT DES FAINÉANTS, DES VOLEURS, DES FRAUDEURS"

Dans son discours, Nicolas Sarkozy a visé les socialistes, dénonçant "ceux qui, pendant des décennies, ont bien soigneusement dissimulé aux Français qu'ils finançaient leur système de protection sociale à coup de déficits", les accusant d'avoir trahi "l'esprit" du modèle social mis en place après la Libération.

"Pour s'en sortir, il cherche des boucs émissaires, les malades, les socialistes, les réformes d'hier et d'avant-hier. Tout cela n'est pas sérieux", a conclu M. Le Guen.

Le parti communiste, le NPA et Lutte ouvrière ont rapidement réagi, dans le même esprit. "Nous sommes tous potentiellement des fainéants, des voleurs, des fraudeurs car nous sommes tous et toutes susceptibles de devoir nous arrêter en raison des conditions de vie et de travail dégradées !" écrit le NPA dans un communiqué. "Les salariés ne sont pas responsables du 'trou' de la Sécu... Ils en sont les victimes : les employeurs bénéficient de 30 milliards d'exonération de cotisations, 30 milliards de salaire indirect (ou socialisé) est extorqué de la poche des travailleurs."

"CHAQUE PERSONNE EN CONGÉ DE MALADIE EST UN FRAUDEUR EN PUISSANCE QU'IL FAUT PUNIR"

"Après la chasse aux pauvres et aux chômeurs, c'est maintenant au tour des malades de la fonction publique d'être dans le collimateur de l'UMP. Pour la droite, chaque personne en congé de maladie est un fraudeur en puissance qu'il faut punir" a déclaré Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF. "Alors en plus, s'il cumule avec un statut de fonctionnaire, il s'agit sûrement d'un Bernard Madoff en puissance !"

"Après s'être attaquée aux accidentés du travail ou aux allocataires du RSA, la meute de la droite mène maintenant la chasse à la 'fraude sociale'" et aux 'arrêts de travail abusifs', en ciblant en particulier les fonctionnaires" déclare par ailleurs Nathalie Arthaud, candidate à la présidentielle de Lutte ouvrière (LO). "La campagne électorale est lancée et les orduriers de l'UMP n'en sont plus à une poubelle près."

Le Monde.fr avec AFP

jeudi 8 septembre 2011

Mobilisation contre la taxe sur les contrats santé (TSCA)


Cher(e) mutualiste,

Pour la seconde fois en un an, l’Etat projette dans son plan de rigueur, de faire supporter aux mutuelles donc à vous-même, le doublement de la taxe sur les contrats santé solidaires et responsables. C’est injuste et insupportable !

La Mutuelle Familiale condamne vigoureusement cette mesure et dénonce ce choix dangereux pour l’accès aux soins, qui va directement pénaliser ses adhérents, notamment les plus modestes d’entre vous, lesquels sont déjà lourdement impactés par les désengagements croissants de la Sécurité sociale.

Avec le mouvement mutualiste et les forces sociales, la Mutuelle Familiale intervient actuellement auprès des parlementaires, pour que cette nouvelle taxe ne soit pas adoptée. Elle appelle à participer à la journée d’action du 11 octobre décidée par les organisations syndicales.

Cher(e) mutualiste, vous qui partagez la conception d’une couverture santé solidaire, équitable et durable, nous vous appelons à manifester votre refus quant à l’instauration de cette nouvelle taxe :
- en faisant connaître dès à présent, votre mécontentement auprès des députés et sénateurs de votre circonscription et en leur demandant de s’opposer au vote de cette loi,
- en signant la pétition en ligne, cliquez ici

Ce sont les seuls moyens dont nous disposons pour contraindre le gouvernement à faire machine arrière. Nous ne pouvons rester les bras croisés, sans quoi, l’accès aux soins risque de devenir un privilège réservé aux seuls qui en ont les moyens.

Créons ce mouvement irrésistible pour que
la solidarité l’emporte sur la marchandisation.


La Mutuelle Familiale vous remercie et compte sur vous.

La Direction de la communication de la Mutuelle Familiale.


Vous trouverez ci-joint un modèle de courrier à adresser par voie postale ou par mail à votre député ou à votre sénateur.

Pour trouver les coordonnées de votre député, cliquez ici : http://www.assemblee-nationale.fr/13/qui/circonscriptions/index.asp
Pour trouver les coordonnées de votre sénateur, cliquez ici : http://www.senat.fr/elus.html

Le modèle de lettre :

Madame la Députée,

Monsieur le Député,

Je tiens à vous faire part de ma grande inquiétude et de mon fort mécontentement concernant l’une des mesures que vient d’annoncer le Premier ministre pour lutter contre les déficits publics et qui me touche directement.

En effet, il a fait le choix de taxer les complémentaires santé à hauteur de 1,2 milliard d’euros, six fois plus que la taxe provisoire sur les « hauts revenus ». Par cette décision, ma mutuelle, qui est une entreprise à but non lucratif, est mise une nouvelle fois à contribution et va devoir inévitablement répercuter cette taxe sur ma cotisation et donc me taxer, moi et ma famille.

Je vous rappelle que, depuis 2008, les complémentaires santé subissent chaque année de nouvelles taxes. Or, pour répondre aux exigences financières qui leur sont régulièrement imposées, elles sont contraintes de répercuter ces taxations sur les cotisations de leurs adhérents. S’y ajoute le coût des désengagements croissants de l’Assurance maladie.

Pour moi, cette décision est inacceptable car il s’agit bien là de l’instauration d’un impôt indirect qui peut me contraindre à renoncer à une couverture complémentaire ou à diminuer mes garanties.

Pour les classes moyennes dont je fais partie, c’est une attaque directe à l’accès à la santé.

Madame la Députée, Monsieur le Député, le Gouvernement parle de justice sociale et d’équité. Or, les plus hauts revenus ne seront que faiblement taxés alors que, pour ce qui me concerne, cette nouvelle taxe va grever un peu plus mon budget, donc mon pouvoir d’achat et la possibilité qui m’est donnée d’accéder aux meilleurs soins.

Je vous demande donc instamment de ne pas voter cette mesure au nom du droit qui doit être donné à tous d’accéder à la santé.

Je vous prie de croire, Madame la Députée, Monsieur le Député, à l'assurance de ma haute considération.

jeudi 28 juillet 2011

PORTUGAL - Moody’s nous pousse à la faillite


Le directeur du principal journal économique du pays étrille les agences de notation et demande qu’elles passent en jugement.

08.07.2011 | Antonio Costa | Diário Económico

A la suite de la décision d'abaisser l'appréciation de la dette du Portugal pour la placer dans la peu enviable catégorie "spéculative", l'agence de notation Moody's se voit critiquée au sein des instances européennes – un pouvoir dévastateur et immérité ainsi qu'un fonctionnement opaque figurent parmi les reproches généralement adressésu à ces entreprises privées.
Une mauvaise note pour Moody's

Les Etats, les banques et les entreprises ont besoin des agences de notation, des entités fondamentales pour évaluer le risque d'un pays et d'une économie comme pour garantir l'existence d'investisseurs prêts à placer leur argent. Mais ils n'ont pas besoin des agences telles qu'elles existent aujourd'hui, sans régulation ni limites.

Moody's a décidé lundi dernier [4 juillet] d'annoncer au monde un abaissement brutal de quatre points de la note souveraine du Portugal, l'envoyant "à la poubelle" [dans la catégorie des placements spéculatifs], quelques jours seulement après l'annonce par le gouvernement de l'adoption des premières mesures d'un plan d'austerité implacable négocié avec les instances internationales, dont un prélèvement exceptionnel de la moitié de la prime de fin d'année [soit la moitié d'un salaire mensuel].
La décision de cette agence est indécente, immorale, vraiment criminelle.

Il n'est pas acceptable que Moddy's décide de baisser la note du Portugal au prétexte - dit-elle - que nous allons avoir besoin d'un second prêt de la "troïka" [la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le FMI], alors que nous n'avons pas encore commencé à appliquer les mesures du premier plan de sauvetage [d'un montant de 78 milliards d'euros]. Le nouveau gouvernement de Passos Coelho [droite libérale] possède une majorité claire, obtenue dans les urnes, et il a déjà annoncé des mesures plus ambitieuses (il faut lire : des mesures d'austérité supplémentaire) que celles imposées par la "troïka". Finalement ce n'est pas suffisant, mais, de fait, rien ne semble suffisant.

La décision de Moddy´s rendra bien entendu encore plus difficile un chemin que l'on savait ardu. Les banques vont payer plus cher l'accès au financement, si elles l'obtiennent ; les privatisations seront encore plus difficiles à concrétiser à un prix "décent" ; les investisseurs vont fuir la Bourse de Lisbonne et les entreprises n'auront plus accès au crédit. L'enfer des agences est désormais sur terre, au cœur des entreprises et des familles portugaises.

Les agences de notation actuelles sont un régulateur de marché sans régulation d'aucune sorte. Et malgré les mauvais services rendus au monde depuis 2008 - quand se sont succédé les faillites d'institutions financières qui, quelques jours plus tôt, étaient un investissement sans risque -, l'Europe n'a toujours rien appris. Elle n'a même pas été capable de créer une agence européenne indépendante - indépendante surtout des intérêts nord-américains. L'arrogance nord-américaine, qui contrôle les trois agences de notation qui comptent, et l'incompétence européenne, en particulier celle de l'Allemagne, nous ont amenés à cette situation.

Le Portugal ne peut pas, seul, arrêter de faire appel aux services de ces agences. Ce n'est pourtant pas l'envie qui manque. Mais l'Europe pourrait et devrait faire quelque chose pour défendre les citoyens européens. D'abord en faisant appel à sa force collective, en créant des alternatives pour que les investisseurs puissent avoir confiance lorsqu'ils mettent leur argent dans la dette publique des pays européens. Ensuite, en appelant la police pour faire comparaître les agences en justice afin qu'elles soient jugées pour leurs actes. Moody's pousse le Portugal à la faillite.

jeudi 23 juin 2011

Forfait jour: la bombe à retardement


Si la Cour de cassation déclare illégal le régime de certains cadres, les entreprises pourraient avoir à payer une facture astronomique. Et se retourner contre l'Etat.

A première vue, l'affaire portée devant la justice semble anodine, presque banale. A la suite d'une démission, un cadre commercial exige de son ex-employeur le paiement des heures supplémentaires qu'il estime avoir effectuées. Cette histoire pourrait pourtant coûter une petite fortune à l'Etat si la Cour de cassation décidait, le 29 juin, d'en faire un exemple. Et de déclarer illégal le "forfait jour", cette forme d'organisation du temps de travail qui régit la vie professionnelle de près de 1,5 million de cadres.

Les conséquences seraient considérables. Tous les salariés en forfait jour pourraient se retourner contre leur employeur. Avec, à la clef, une facture astronomique : "Imaginez 1,5 million de personnes à qui il faut payer des heures supplémentaires, peut-être dix par semaine en moyenne. Sur cinq ans - puisque c'est le délai de prescription - et sur la base des salaires les plus élevés de l'entreprise, majorés d'au moins 25 %, les conséquences pour les employeurs seraient catastrophiques", souligne Déborah David, avocate au cabinet Jeantet et Associés. Pour un salaire de 5 000 euros mensuels, le rattrapage s'élèverait à près de 100 000 euros. Soit plus de 100 milliards d'euros si tous les cadres réclamaient leur dû !
Les entreprises condamnées ne se laisseraient pas faire

Les entreprises condamnées ne se laisseraient pas faire : n'ayant fait qu'appliquer une disposition du Code du travail, elles pourraient demander à l'Etat de payer l'addition pour cause de législation mal ficelée. "Nous sommes dans un cas où la responsabilité financière de l'Etat peut être engagée", confirme Sylvain Niel, avocat en droit social au cabinet Fidal.

Un retour en arrière s'impose. En 2000, lorsque Martine Aubry généralise les 35 heures, un régime spécifique est créé pour les salariés considérés comme autonomes (commerciaux, etc.). Ce forfait jour permet de décompter le temps de travail non en heures - comme c'est la règle générale - mais en jours, avec un maximum de 217 par an, porté à 218 en 2008. Une fois soustraits les repos obligatoires, ces salariés peuvent travailler jusqu'à 78 heures par semaine. Loin, très loin des 35 heures ! Très au-delà, aussi, des engagements pris dans la Charte sociale européenne. A tel point que, saisie à plusieurs reprises par des syndicats français (CGT et CFE-CGC), l'instance européenne chargée de veiller à la bonne application de cette charte a estimé que la France était hors des clous.

Le gouvernement cherche une issue honorable

Jusqu'à maintenant, le gouvernement a feint l'indifférence. Mais si la Cour de cassation jugeait à son tour le forfait jour en contradiction avec les textes européens, la posture ne serait plus tenable. Le précédent du contrat nouvelle embauche (CNE) a montré que l'Etat pouvait être considéré comme responsable financièrement pour avoir élaboré une loi non conforme à une convention internationale. Pour la première fois, en mars 2010, le tribunal administratif de Montpellier a condamné l'Etat à rembourser à un employeur les indemnités que ce dernier avait dû verser à une salariée licenciée durant un CNE.

Cette fois, vu les sommes en jeu, l'exécutif devrait chercher très vite une porte de sortie pour éviter de régler la note. Il pourrait notamment faire adopter un texte qui viendrait corriger les excès de la loi contestée. A condition que la Cour de cassation lui accorde un délai supplémentaire. Il se murmure qu'elle pourrait reporter sa décision de quelques mois, le temps de faire évoluer le droit, sans déclencher de séisme social et financier. Réponse dans moins de sept jours.

lundi 30 mai 2011

Foire aux diplômes à Pôle emploi



En ce jeudi matin 26 mai, ils étaient environ 500 massés devant la porte de l’agence Pôle emploi du boulevard du Montparnasse attendant d’être reçus par des inspecteurs d’académie chargés de leur faire passer un entretien.

500 hommes et femmes, diplômés, sans boulot, et aussi quelques caméras de télévision et des journalistes attirés par le « bon coup » réalisé par le ministère de l’Éducation nationale et le rectorat de Paris. De fait, il y avait bien un petit événement dans cette file d’attente semblable à toutes les autres.
C’est en effet la première fois, à cette échelle du moins, que l’Éducation nationale recrute ses professeurs remplaçants en passant par le service public de l’Emploi. Le but étant selon l’Académie de Paris de « constituer un vivier » de profs remplaçants pour être plus réactifs.

Et compte tenu de la crise qui n’épargne pas les jeunes diplômés, Pôle emploi a donc été pris d’assaut par ces candidats à l’ultraprécarité. La plupart n’ont pu, du coup, que déposer leur dossier pour être re-convoqués et n’ont pu au mieux qu’être reçus à la va-vite.

Cette opération est écœurante à plus d’un titre. Elle intervient en effet alors que le ministre Luc Chatel ne cesse de claironner qu’il y a trop d’enseignants et qu’il va en supprimer 16 000 à la rentrée prochaine. C’est une manœuvre d’autant plus écœurante qu’elle tend à banaliser l’acte d’enseigner en déqualifiant le face-à-face pédagogique.

Après avoir réduit dans les discours les besoins éducatifs aux seuls enseignements du « lire, écrire, compter », on veut affecter un bataillon de doublures inexpérimentées pour des missions de remplacement. Il y a derrière cette interchangeabilité une volonté de nier les compétences et la formation indispensables pour enseigner.

« En cas de besoin, à la rentrée, les remplaçants de professeurs seront contactés pour des contrats de deux, trois, six mois, peut-être un an, et on souhaite de manière systématique qu’il y ait une première formation de deux-trois jours », s’est défendu le responsable des ressources humaines à l’Académie de Paris. Cette négation complète de la portée pédagogique de leur mission de professeur remplaçant signe hélas la vision que ce gouvernement et sa majorité développent pour le service public de l’Éducation.

Évidemment, on peut aussi imaginer dans quelles conditions vont être recrutés ces chômeurs diplômés obligés par la loi sur l’offre valable d’emploi de prendre au pied levé n’importe quel poste.

vendredi 4 mars 2011


Le discours de la peur

par Denis Sieffert

On a coutume de dire « petite cause, grands effets ». Nicolas Sarkozy vient de réinventer la formule en l’inversant : « Grande cause, petits effets ». Depuis deux mois, le monde arabe tout entier s’embrase, trois cents millions de femmes et d’hommes se lèvent pour exiger liberté et justice, souvent au péril de leur vie ; cinq, six, sept pays maintenant se lancent à l’assaut du pouvoir, et voilà que le président de la République française, enfin, prend la parole. Mais pour dire quoi ? Que Michèle Alliot-Marie, dite MAM, est remplacée au ministère des Affaires étrangères par Alain Juppé. Et quoi d’autre encore ? Que Claude Guéant succède à Brice Hortefeux à l’Intérieur.

Sans vouloir désobliger les promus, on conviendra tout de même que ce sont là de très petits effets en regard de ce qui se trame de l’autre côté de la Méditerranée. S’il avait au minimum pris la mesure des événements que nous vivons, Nicolas Sarkozy n’aurait peut-être pas mêlé cette dérisoire cuisine politicarde au séisme historique auquel nous assistons. Sur les sept malheureuses minutes de son allocution, il n’aurait pas osé consacrer la moitié de son temps à ce qui fait ordinairement l’objet d’un communiqué lu par un second couteau sur le perron de l’Élysée. D’autant plus que ce remaniement apparaissait comme du réchauffé, tant il avait déjà été annoncé et commenté dans la presse. Il traduit d’ailleurs moins l’autorité du chef de l’État que sa soumission au principe de réalité. Comment maintenir en place une ministre des Affaires étrangères qui était persona non grata dans presque tout le monde arabe, et un ministre de l’Intérieur condamné pour injure raciale ? Cette simple mise à jour valait-elle un discours précédé de « la Marseillaise » ? Et fallait-il présenter ces décisions dérisoires comme la réponse française aux révolutions arabes ? Grande cause, tout petits effets. Mais, pour autant, l’allocution présidentielle revêtait un certain intérêt.

Si nous devions en extraire une phrase, ce serait celle-ci : « Ce changement est historique, nous ne devons pas en avoir peur. » Or, précisément, c’est la peur qui suinte de tout ce discours. Hier, nous dit-il, nous avons soutenu les dictatures parce que nous avions peur du « fondamentalisme religieux » et du « terrorisme ». Aujourd’hui, nous allons aider les peuples « qui ont choisi la liberté » non pour eux-mêmes et par amour de la liberté, mais parce qu’ils peuvent aussi « sombrer dans la violence et déboucher sur des dictatures pires encore que les précédentes ». Le fondamentalisme religieux, malgré les démentis de l’histoire, obsède toujours M. Sarkozy. Ou, s’il ne l’obsède pas, son spectre lui est bien utile, lui qui ne pense plus déjà qu’à sa campagne électorale et nous promet un très prochain débat sur l’islam et la République. Pas étonnant dans ces conditions qu’il n’envisage les révolutions arabes que du point de vue qui est le sien : celui du déferlement de populations fuyant des contrées livrées au chaos. Disons-le franchement, cette hypothèse n’est pas totalement exclue.

Les crimes auxquels s’adonne Kadhafi créent des conditions qui vont dans ce sens. Reste à savoir si, dans le moment présent, le rôle d’un pays comme la France est d’exsuder cette peur quasi pathologique, et celui de son Président de ne parler que sécurité et protection. Faut-il avec tant d’empressement affirmer que les « fonctions régaliennes de l’État » sont prêtes à « affronter les événements à venir » ? M. Sarkozy nous invite à ne pas avoir peur de « flux migratoires » qui deviendraient « incontrôlables ». Mais il ne nous parle que de ça. Au bout de sa lorgnette, il ne voit ni la Tunisie ni l’Égypte, mais des centres de rétention surpeuplés. Sa courte vue est plus que jamais celle de Le Pen père et fille.

Le message plus important, au fond, n’est-ce pas l’arrivée de Claude Guéant place Beauvau ? Avec cet homme qui l’a « accompagné » depuis neuf ans « dans toutes les responsabilités qu’il a exercées », c’est un peu lui-même que Nicolas Sarkozy promeut. Et, plus que jamais, c’est une France hérissée de barbelés qu’il nous dessine, dominée par une psychologie de type « choc des civilisations », ignorant que la vraie stabilité, c’est, comme le dit si bien Leïla Shahid au verso de cette page, la démocratie et la justice sociale.

Or, au-delà de l’intérêt politicien à entretenir la France dans un climat de forteresse assiégée, M. Sarkozy sait qu’il ne peut aller bien loin dans la voie de la justice sociale. Il va en sens inverse dans son propre pays ; il ne peut donc guère envisager des rapports Nord-Sud soudain marqués par un impératif de codéveloppement sincère et de redistribution. Il sait ce que valent dans la réalité ses références à une politique économique et commerciale favorable à ces jeunes démocraties. Il faudrait la remise en cause d’un système économique dont Nicolas Sarkozy est l’un des plus zélés serviteurs. Qui peut y croire ? Pas lui en tout cas, qui préfère dérouler aux frontières de l’Europe ses chevaux de frise.