jeudi 20 janvier 2011


« Coût du travail » : le consensus s'effrite

Alors que Parisot défend la modération salariale, des voix au FMI s'alarment des risques de cette politique.

Il n'y a pas d'échéance immédiate : pas question, par exemple, de négocier sur le sujet avec les organisations syndicales ! Mais qu'importe, ce n'est pas parce qu'il n'a pas grand-chose à dire que le Medef va se taire. Laurence Parisot occupe le terrain. Au moment où sort le livre d'Éric Verhaeghe, sa démarche est très révélatrice : il s'agit de consolider un consentement qui s'effrite un peu plus chaque jour.

Mardi, à l'occasion de son point presse mensuel, la présidente de l'organisation patronale a longuement exposé des statistiques censées démontrer l'accroissement de l'écart du « coût du travail » entre la France et l'Allemagne. « J'insiste sur ces chiffres parce qu'ils n'ont jamais été présentés publiquement. » A chaque « slide » c'est ainsi qu'au Medef on appelle les graphiques projetés sur grand écran , Laurence Parisot se rapproche pour poser devant les photographes en pointant « l'abîme » : évolution du coût horaire de la main-d'œuvre, taux de charges sur les rémunérations, durée hebdomadaire du temps de travail des salariés à temps plein, etc. « Quand on regarde les écarts par salarié en minute par semaine, on arrive à 72 minutes entre la France et l'Allemagne, roule des gros yeux la patronne des patrons. Cela peut paraître dérisoire, mais c'est considérable quand on le multiplie par le nombre de salariés et sur une année ! »

Opportunément, Laurence Parisot oublie de préciser que le nombre d'heures de travail annuel en Allemagne culmine à 1 310 heures quand, en France, nous en sommes plutôt à 1 470 l'année dernière. De manière plus fondamentale encore, le Medef minimise systématiquement une statistique pourtant essentielle : la productivité horaire des salariés français, notablement supérieure à celle des autres pays Et dans la même veine, elle se garde bien d'évoquer les 30 milliards d'euros offerts chaque année aux entreprises sous la forme d'allégements de charges.

Le Medef ne change rien à sa doctrine. Dans la mouvance néolibérale, d'autres le font pourtant. Ainsi, dans la livraison de décembre de la revue du FMI, Finances et Développement, deux chercheurs incitent à mesurer les risques que la modération salariale fait courir au système : selon eux, la cause de la crise de 2008, c'est l'abaissement du coût du travail qui a poussé les salariés à s'endetter et qui a donc favorisé l'instabilité financière. « Les inconvénients d'un renforcement du pouvoir de négociation des travailleurs doivent être mis en balance avec les conséquences éventuellement désastreuses de nouvelles crises financières et réelles, si les tendances actuelles se poursuivent.

Rétablir l'égalité en redistribuant les revenus des riches aux pauvres ne plairait pas seulement aux Robin des bois du monde entier : cela pourrait aussi épargner à l'économie mondiale une autre crise majeure. »

T. L.

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